Pierre Cendors / Archives du vent / Éditions Le Tripode / Rencontre/Monte-en-l’air

Jeudi 17 septembre à 19h, à l’occasion de la parution d’Archives du vent aux éditions Le Tripode, rencontre avec Pierre Cendors animée par Sophie Quetteville.

Aurélie est libraire depuis peu de temps. Elle aime choisir les livres, lire et conseiller, rencontrer auteurs et éditeurs, organiser des soirées, tenir boutique et débattre, mais Aurélie n’aime pas trop parler en public, questionner les auteurs, les faire parler et lire. Elle le fait parfois, mais d’autres le font mieux qu’elle, et puis Le Monte-en-l’air est chronophage avec son amplitude horaire, sa petite équipe, son rythme effréné d’évènements, ses 23 000 références, ses résidences et ses festivals, son bazar de libraire de fonds quoi !?

Sophie n’est plus libraire. Elle l’a été longtemps, libraire militante et fougueuse, animatrice hors paire, lectrice habitée, fine connaisseuse de la littérature contemporaine. Aujourd’hui, festivals et éditeurs font appel à elle pour animer des rencontres et défendre des auteurs et des livres. Ils ont bien raison !

Alors Aurélie s’est dit que prêter l’antre Monte-en-l’air à celle qui pendant des années a défendu la littérature en librairie à Paris serait une bien belle idée, que ce serait bien pour Le Monte-en-l’air et que peut-être ça plairait à Sophie et… Sophie a dit oui.

Voilà l’histoire….

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Ce n’est pas le Dogme qu’invente Egon Storm, le réalisateur mystérieux du cinquième roman de Pierre Cendors,  mais le Movicône. Reclus en Islande, c’est par l’intermédiaire de Karl Oska, à qui il envoie ses bandes, qu’il révolutionne l’histoire du cinéma, par un procédé étrange et vertigineux. Avant la fin annoncée du cycle, il disparaît, non sans laisser d’indices  … 

Quoi de plus naturel, pour l’auteur d’Archives du vent, féru de cinéma et passionné par les questions de l’image et de la représentation,  que de fêter la parution de son nouveau roman au Monte en L’Air ? Sur l’invitation de la librairie et de Sophie Quetteville, Pierre Cendors  abordera les rivages littéraires et artistiques qui nourrissent son imaginaire si singulier : Lars von Trier, Jean Cocteau, Orson Welles, Louise Brooks… Au programme : extraits et discussion.

« Les amateurs de littérature de l’imaginaire, de ceux qui trouvent habituellement leur bonheur du côté des auteurs anglo-saxons, apprécieront Archives du vent. Pierre Cendors joue pratiquement jeu égal avec les maîtres du genre, on ne peut s’empêcher de songer à « Lanark » de Alasdair Gray. L’histoire — qui réunit ici à l’écran Louise Brooks, Adolf Hitler, Marlon Brando et bien d’autres — enchâsse avec brio différents niveaux de réalité avec l’intention réussie de nous surprendre. » Patrick Varetz, auteur.

Librairie Galerie Le Monte-en-l’air

71, rue de Ménilmontant / 2, rue de la Mare

75020 Paris

Tél. : 01 40 33 04 54

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Les mots de la littérature prendront les âmes en filature à l’intérieur des gens

Atlas
Les mots de la littérature prendront les âmes en filature
à l’intérieur des gens.
Cette phrase issue de roman nouvellement paru de Goran Petrovic, Atlas des reflets célestes (coll. « Notabilia », éditions Noir sur Blanc) illustre parfaitement l’effet que ce livre insensé fera sur son lecteur. Quatrième texte traduit en français par Gojko Lukic, admirable traducteur et enthousiaste passeur de l’œuvre de Goran Petrovic, l’Atlas est en fait le premier roman de ce talentueux écrivain serbe que nous avons découvert il y a une douzaine d’années avec l’incroyable Soixante-neuf tiroirs (éditions du Rocher). Cet Atlas, véritable manifeste poétique des romans à venir, est un texte joyeux et mélancolique à la fois, parce qu’il touche aux rêves et à l’enfance, laisse entrevoir une humanité plus belle et peut-être un monde meilleur. Tout y déclenche sourires et émotions, l’envie que le temps ralentisse ou s’arrête pour que le livre, véritable fable philosophique, ne finisse jamais. On songe à la fantaisie d’Italo Calvino, au travail sur les mondes imaginaires d’Alberto Manguel (qui signe d’ailleurs la préface), on y avance comme on voudrait atteindre le sommet de la Tour de Babel, main dans la main avec Borges.

La construction (dont on ne dévoilera rien ici, aux futurs lecteurs de s’y perdre) est bluffante, dans un esprit loufoque. J’appelle ce genre de livre « un livre TOUT », tel Pour sûr de l’acadienne France Daigle (éd. Boréal) ou Physique de la mélancolie du bulgare Guéorgui Gospodinov (éd. Intervalles), ces livres foutraques dans lesquels, en déambulant dans l’esprit des personnages, on traverse le monde bien joliment en devenant un lecteur-voyageur.

Voilà je ne vous ai rien dit non plus des huit personnages qui vont vous trimballer dans leurs rêves, au pays des ombres, sur des cartes ni du ciel ni de la terre, luttent contre les Vides et ont une belle âme d’enfants.

L’Atlas des reflets célestes rend le lecteur lumineux et l’homme sensible et beau, dans une distorsion de l’espace et du temps. D’une poésie rare et belle, ces pages touchent en plein cœur par leur justesse, leur sensibilité émouvante et les portes de l’imaginaire et de la réflexion qu’elles ouvrent sans cesse. Un livre indispensable au bonheur !

Maladie d’automne
La mélancolique humidité se condense quelque part à l’intérieur de l’homme, celui-ci devient pareil à une feuille sèche, très beau, mais fragile. Il convient alors de ne l’approcher qu’avec grande précaution et c’est aussi de précaution qu’il doit user à son propre égard.

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A lire aussi de Goran Petrovic :

Soixante-neuf Tiroirs, coll. Motifs, éd. du Rocher
Sous un ciel qui s’écaille, Les Allusifs et 10/18
Le Siège de l’église Saint-Sauveur, Le Seuil

Mardi 15 septembre, à 19h, Goran Petrovic et Gojko Lukic seront à la Maison de la poésie de Paris : http://www.maisondelapoesieparis.com/events/goran-petrovic-atlas-des-reflets-celestes/

J’irai par les rues sombres égorgeant vos fantômes…

Streff

Le théorème de l’assassinat de Jean Streff (éd. les âmes d’Atala) est un livre dont on ne ressort pas indemne. Une langue magnifique au service des sévices fanstasmés qu’un homme rêve d’infliger. Un nabot à la recherche du crime parfait, du supplice magnifié.
Ce n’est pas un hasard si c’est l’écrivain Claude Louis-Combet qui préface ce texte avec cette première phrase :

Il convient de se souvenir que le fils est issu du vagin ensanglanté de sa mère et qu’il a sucé le sang du sexe avant le lait des mamelles.

Lecteur tu es ainsi prévenu immédiatement du livre dans lequel tu entres même si :

L’histoire qui se raconte ici n’est pas un remake de Jack l’Eventreur. L’anecdote des meurtres y compte infiniment moins que le ressassement des motivations et l’enfoncement, traversé d’illuminations, dans la mémoire d’enfance, matrice des fantasmes et des obsessions.

On trouve en effet dans Théorème de l’assassinat des thèmes chers à Claude Louis-Combet : l’enfance, le rapport à la mort, l’inceste, le sang, la folie.
Par un jeu subtil de prise de parole entre le « je », « il », « tu », nous sommes à la fois dans la tête de l’homme qui se rêve assassin mais aussi spectateur, témoin impuissant d’un drame qui se noue. Va-t-il passer à l’acte ? Au final ce n’est plus cela qui importe, mais de découvrir le pourquoi de ce monstre en construction, de cette folie morbide prête à exploser.
Jean Streff nous emmène loin, très loin dans cette folie dérangeante, dans une perversité qui existe dans tout être humain. Et on entre dans cette valse lente, cherchant à reformer cette phrase que constituent les titres de chapitre, comme si un dernier indice pouvait s’y trouver.

Alors oui, on aime être bousculé, dérangé, choqué, parce que ce texte est poésie malgré tout, parce que l’homme peut-être complexe, malsain, fou, bourreau et victime à la fois. Et cerise des cerises : dix superbes dessins de Pierre Laillier nous offrent l’atmosphère parfaite à cette lecture.

Un court instant tu hésites, préfères-tu tuer un homme, une femme, une jeune fille, un enfant ? D’emblée tu élimines les enfants, qui sont extrêmement rares à cette heure tardive dans les rues. De toute façon tu t’en moques : l’âge, le sexe, la race, la beauté, la situation sociale, la religion de ta victime t’important peu. Ce que tu veux, c’est tuer, n’importe qui, mais tuer. Agir. Enfin.

Cet article a été rédigé pour Libfly (un grand merci à Aurélie de me l’avoir mis dans les mains) : http://www.libfly.com/le-theoreme-de-l-assassinat-jean-streff-livre-2297776.html

Monsieur Frédéric Boyer, votre « tout petit texte » peut être une si grande et indispensable lecture

Pour ceux qui connaissent un peu mes goûts et mes lectures, il va paraître évident que je parle de Frédéric Boyer dont j’adore les textes, admire la langue et l’érudition. Un grand monsieur de la littérature contemporaine, je le réaffirme.

Vient de paraître aux éditions P.O.L, comme l’auteur le dit lui-même, un tout petit essai intitulé Quelle terreur en nous ne veut pas finir ? Tout petit par la taille peut-être, mais immense dans sa réflexion, son humanité, sa justesse et peut-être même dans son humilité. Dire que je trouve la lecture de ce livre absolument indispensable serait encore en-dessous de la réalité. Ce texte est nécessaire, absolu, brillant. Une réflexion sur l’identité, sur l’hospitalité, la naïveté d’avoir encore des émotions vis à vis de l’autre, plus malheureux que soi. Un texte qui sonne juste à mon oreille et qui est un imparable contrepoids aux pensées nauséabondes qui se répandent, qui s’installent et qui hélas se normalisent. Ces pages sont une claque, un réveil mais aussi un réconfort de voir que certains prennent le temps de réfléchir à ce qui se passe, de s’y opposer par l’intelligence, par les mots, de prendre la plume pour démontrer l’absurdité de ce renfermement sur nous-mêmes, de cette théorie dégueulasse du « grand remplacement ».

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ici un extrait lu par Frédéric Boyer : 

Je voudrais qu’on parle plus de ce livre, de ce qu’il contient, je voudrais que tous les libraires invitent Frédéric Boyer pour en parler, pour qu’il discute avec les lecteurs. Je voudrais en acheter des dizaines pour l’offrir partout autour de moi, pas comme on prêche la bonne parole, mais comme un geste salutaire et salvateur. Un livre qui fait appel à la mémoire contre l’aveuglement, à un peu de clairvoyance contre la bêtise actuelle de bons nombres de prêcheurs racistes d’Apocalypse. C’est un livre qui nourrit ma colère mais réussit à mettre des mots dessus. C’est un livre sur les peuples, sur l’espace, sur la peur, sur les fantasmes, sur l’incompréhension, sur (contre) le refus de l’autre. C’est un livre éthique, qui parle de morale (« La morale ne signifiant pas le jugement mais cette forme particulière du dilemne qui appelle le courage des sentiments »), un livre sur l’honneur contre la barbarie. C’est un livre qui me fout en croisade, mais je l’espère pour une belle et très humaine et sensible cause.

Ici, Frédéric Boyer parle de son texte et ça me laisse sans voix : 

J’ai acheté ce livre par hasard mercredi soir, sans savoir de quoi il retournait, juste parce que c’était écrit Frédéric Boyer sur la couverture. Depuis je l’ai lu trois fois, j’ai été en colère (pas contre les propos du texte mais contre notre époque), j’ai pleuré, j’ai souri et je n’ai de cesse de le rouvrir à n’importe quelle page depuis quatre jours. Ce livre me hante parce qu’il me questionne. Je suis bouleversée et j’avoue adorer ça.

Alors monsieur Boyer, vous dites une chose avec laquelle je ne suis pas d’accord, vous dites que c’est un « tout petit texte », un « petit essai ». Oui le format du livre est bien petit, le texte s’étale sur une centaine de pages, je vous le concède, mais votre texte est immense à mes yeux de simple lectrice qui s’interroge. C’est le texte que j’espérais, attendais depuis un moment. Je vous ai entendu dire en décembre dernier à un lycéen qui vous demandait « A quoi bon lire ? » que « Bordel lisez, c’est votre liberté de penser, c’est ce qui vous construit. » (si si je crois bien que vous avez dit « bordel », mais c’était tellement justifié)

Quelle terreur en nous ne veut pas finir ? en est l’illustration parfaite : je suis libre, je pense et je vous lis ou bien je vous lis, je pense et je suis libre. Et ma naïveté, mon innocence feront, je l’espère, face à la terreur…

Il se passe quelque chose de magique au royaume des mots

Le 10 février dernier, le suricate à l’affût que je suis a eu le bonheur d’assister à la première ronde littéraire de la librairie le Comptoir des mots. Alors qu’est-ce que cette ronde littéraire ? Et bien au rythme, d’une fois par mois environ, un auteur en invite un autre dont il aime le travail, qui à son tour invitera un auteur, et ainsi de suite selon une chaîne d’affinités et d’admirations littéraires qui réservera sans nul doute de très belles découvertes, hors actualité,et selon un seul principe : le PARTAGE !

Et c’est Philippe Guazzo, libraire admirable et lecteur insatiable et pointu, qui a eu cette idée. Idée qui peut paraître évidente, simple, mais aucun d’entre nous ne l’avait eue jusqu’ici et je suis absolument admirative et joyeuse que ce soit l’ami Philippe qui orchestre ce récital de mots et d’intelligence.

Alors le 10 février, pour la grande première ce fut Gauz, révélation de la rentrée littéraire dernière avec son malicieux et facétieux DEBOUT-PAYÉ (Éditions Le Nouvel Attila), qui avait accepté de venir dire tout son enthousiasme – qu’il a fort communicatif, pour le merveilleux premier roman de Fiston Mwanza Mujila, TRAM 83 (Editions Métailié). Bien évidemment Gauz, puisque c’est lui qui a mis le livre de Fiston dans les mains du libraire Philippe, en lui disant « Lis ça, c’est énorme, fabuleux, intense ». L’idée de la ronde est sans doute née de cette discussion autour d’une bière ! Et comme a dit Gauz, fort justement, ce soir-là : « Tu verras Philippe, dans quelques mois, cette ronde, tout le monde va en parler. » Oui parlons-en mais surtout allez-y, car c’est par votre présence nombreuse que cet événement intelligent, riche, ambitieux pourra être pérennisé.

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Car cette première ronde fut un moment privilégié, de ceux qui marquent une vie littéraire. Parce que Gauz est bavard et qu’on le suivrait jusqu’au bout du monde dans son enthousiasme. Parce qu’on a cru qu’on n’entendrait pas Fiston tellement Gauz était « à fond » et puis le libraire-chef d’orchestre prit sa baguette magique pour rétablir un semblant de temps de paroles et Fiston de sa douce et discrète voix commença à parler de son Tram 83. Et alors, d’un coup, il lit un extrait et là, le choc ! La voix douce et discrète se transforme en harangue extraordinaire. J’en suis restée soufflée, assommée par la poésie du texte.

Ici, une présentation de Fiston Mwanza Mujila, « Tram 83 », éditions Métailié

Et quand je vous dis que quand il lit, c’est autre chose… 

Alors pourquoi écrire ce papier le 25 mars ? Et bien parce que ce soir ce sera La Ronde littéraire #2,  Fiston Mwanza Mujila invite Sami Tchak pour une discussion autour de son dernier ouvrage LA COULEUR DE L’ECRIVAIN (Éditions La Cheminante). Et que ce sera joie de retrouver Fiston, parce que j’ai hâte de l’entendre présenter un autre écrivain, que ce sera pertinent et chaleureux.
Au terme de la rencontre Sami Tchak dévoilera le nom du prochain invité de la Ronde, puisque tel est le principe : chaque invité invite à son tour !

Alors, entrez dans la ronde !

Et je le re re redis, c’est la plus belle idée de soirée littéraire mise en place par un libraire ces dernières années

(et j’ai les boules de ne pas l’avoir eue)

Ce soir à 20h

Le Comptoir de mots, 239, rue des Pyrénées, 75020 Paris
M° Gambetta

L’invitation FB, ici : https://www.facebook.com/events/789699271110383/

La folie Blistène = rires de hyène

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Il était une fois… ainsi aurait pu commencer Le Passé imposé de François Blistène, publié aux éditions du Sonneur. Il a préféré démarrer son roman par « Aussi rapidement que certains attrapent un rhume, Philippe Pontagnier se retrouva orphelin. » et on ne lui en veut pas… Nous voilà donc partis dans un conte contemporain, entre le Petit Poucet et Hansel et Gretel, largement servi par un humour corrosif.

Ainsi ce Pontagnier, ogre moderne, une fois trouvée l’épouse – que dis-je ? – la femelle, la génitrice grâce aux annonces du Chasseur français (c’est énorme !), enferme ses enfants dans son étrange demeure à elle seule un personnage, sans contact avec l’extérieur, ni avec la modernité. Tous les livres présents dans la bibliothèque s’arrêtent à la Seconde Guerre mondiale, pas autre chose que des disques de musique classique, pas de voiture, finalement plus d’époque, pas de lieu géographique. Où sommes-nous ? La construction floute tout cela à merveille pour le lecteur, on voit passer à tour de rôle au long de l’intrigue un bizarre professeur à domicile pour les héritiers, un docteur Mengele (si si !) ou un monsieur Mystère.

Comme dans toute belle histoire, Marguerite, Vincent et Laure, ces enfants pas si sages, finissent par « tuer le père » et s’enfuir, fuir ce passé imposé et figé, sans laisser de traces derrière eux et se fondre dans Paris. L’apprentissage, différent selon le caractère de chacun, passe par la découverte de la consommation, de la valeur de l’argent, de l’accumulation de vêtements, de sortie, d’alcool, de culture… et de sexe !

Mais un ogre lâche-t-il ses proies ? Comme par magie, il ressurgira empli de haine et de vengeance. Je ne vous raconte pas la succulente scène finale, mais la question reste ouverte « Qui est véritablement l’ogre ? »

Écriture bien particulière de François Blistène qui nous entourloupe magnifiquement et surtout, le texte est de plus en plus drôle. J’avoue avoir laissé entendre mes petits rires de hyène de plus en plus fréquemment sur la seconde partie du roman. Et ça, c’était jouissif !

Je ne vous mets pas d’extraits, allez lire ce livre, non mais !

J’aurai le plaisir d’interviewer François Blistène le 6 novembre (demain) à 19h30 et je ne manquerai pas de lui demander pourquoi les femmes de Basse-Normandie apprécient les soutiens-gorge « rose-chair »… Rendez-vous au Thé des Ecrivains 16, rue des Minimes 75003 Paris.

Charlie, observateur du monde

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Du 13 février 1931 au 16 juin 1932, Charlie Chaplin se lance dans un tour du monde, qu’il relate ensuite dans la magazine américain The Woman’s Home Companion en cinq épisodes. C’est ce texte, Mon tour du monde, que viennent de publier les très belles éditions du sonneur.

Charlie Chaplin vient de terminer Les Lumières de la ville lorsqu’il entreprend ce périple, démarrant par son pays d’origine, destination Londres. A la fois adulé des foules, invité des grands de ce monde, il retrace aussi les lieux de son enfance plutôt misérable.

Parcourant ainsi l’Europe (Berlin, Vienne, Venise, Paris, la Côte d’Azur, Biarritz, Saint-Moritz, Rome, Milan), puis l’Orient (Ceylan, Singapour, Java, Bali et le Japon), il se fait l’observateur vif de cette époque en train de se défaire. Alternant mondanités (il côtoie lords, comtes, princes, premiers ministres, politiques, artistes, scientifiques et mondains de toutes sortes) et réflexions économiques et politiques ou visites de lieux plus pauvres, ses réflexions sont toujours d’une pertinence exquise.

« Durant la saison, les amis des uns et des autres viennent passer quelques jours à Saint-Moritz : l’élite de la bonne société d’Hollywood, de Londres, de Paris, de Berlin, de New York sont bien représentées. Vous serez surpris d’apprendre cependant qu’il y a un personnage remarquable que je n’ai pas rencontré : Son Altesse royale, l’ancien prince héritier d’Allemagne. Voici comment cela s’est passé.

Un après-midi, à l’hôtel, sur le point de finir ma tasse de thé, j’entendis quelqu’un s’exclamer :

– Oh ! Voici l’ancien prince héritier d’Allemagne.

-Vraiment ? Dis-je.

Diverses idées se bousculèrent alors dans mon esprit. Pendant que j’observai Son Altesse royale sirotant son thé de Ceylan, je me rappelai le film que j’avais réalisé intitulé Charlot soldat : une comédie sur la Première Guerre mondiale, dans laquelle l’ancien prince héritier d’Allemagne tenait un rôle important. Et puis soudain, je me souvins qu’il me fallait passer un coup de fil et quittai l’hôtel sur-le-champ. »

Et c’est un bonheur d’imaginer ce « petit bonhomme » dont l’origine sociale est basse, dont les films parlent des « petits », au milieu de cette intelligentsia intellectuelle, politique et financière. Un scène de chasse à courre au sanglier est mémorable ! Son humour est là, son sens de l’observation du monde y est plus que jamais acéré et, alors qu’il navigue comme un poisson dans l’eau au milieu des plus aisés, il se nourrit de ce qui l’entoure et réalisera à son retour Les Temps modernes (1936) et le Dictateur (1940). Son analyse politique et économique est d’une actualité assez déroutante, preuve qu’en presque 80 ans, hélas, notre monde n’a pas fait tant de progrès.

La partie orientale de son voyage se fait soudain plus poétique, il tombe fou amoureux de Bali, des simples gens, de leurs chants, de leur vie. Au Japon il reste fasciné par le théâtre Kabuki-za mais aussi par la cérémonie du thé. Il lui faudra bien rentrer aux États-Unis, riche de ces expériences, et oser prendre la plume, lui l’ami de tant d’écrivains, pour les relater.

Je suis ravie d’animer une rencontre avec notamment Valérie Millet éditrice du sonneur (et traductrice de ce livre) le 6 novembre à 19h30 au Thé des écrivains 16, rue des Minimes, 75003 Paris

https://www.facebook.com/events/553442304788991/?ref_dashboard_filter=hosting

affiche la voie des indés

A lire également aux éditions du sonneur, dans « la petite collection » que j’aime infiniment, La vie et l’œuvre d’un pionner du cinéma de Georges Méliès

Alors Manosque ?

Parce qu’il est un festival qui vous semble parfait, que la vie y paraît plus douce, c’est toujours une grande tristesse de voir les Correspondances de Manosque toucher à leur fin. Car à Manosque la littérature sort de son carcan, s’expose en sa diversité aux derniers rayons de soleil d’un été qui s’attarde. Alors y écouter Gauz et Nii Ayikwei Parkes est un cadeau, Maya Michalon soumettre, avec superbe, à la question les fines Julia Deck et Joy Sorman est régal…

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Et puis forcément les visages amis d’Olivia Rosenthal, Sylvain Prudhomme, Eric Vuillard, Nathalie Kuperman, Maylis de Kerangal ou Jean-Hubert Gaillot (pardon à ceux que j’oublie). Se laisser bercer par les voix d’Antoine Volodine, d’Emmanuel Carrère ou de Patrick Deville. Et une fin en beauté avec une rencontre magique entre Kaoutar Harchi et Marie Hélène (l’extraordinaire) Lafon.

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Voilà pour les rencontres (un aperçu, du moins), alors que reste-t-il ? L’intensité des regards entre Noémie Lvovsky et Gaëtan Roussel lors de leur concert littéraire, la bulle Doisneau offerte par les maestros François Morel et Eric Caravaca, la fabuleuse leçon de lecture d’une Dominique Reymond s’appropriant Duras, la langueur des siestes accoustiques de la fine équipe Bastien Lallemant, Maëva Le Berre, Seb Martel, JP Nataf et Jil Caplan.

Et puis, bien sûr, ces deux moments, pour moi particuliers, d’offrir ma voix aux textes de Céline Curiol (avec Dagerman, Styron et Charles Juliet) et de Christian Garcin. Merci de votre confiance, merci pour vos textes si nécessaires et beaux.

Alors autre grand merci s’impose, aux écrivains et artistes généreux, aux éditeurs ravis « d’en être » qui les accompagnent, la super équipe des Correspondances, aux bénévoles à l’énergie incroyable jusqu’au bout de la nuit (au petit jour?), à Manosque la belle et ses habitants si avides de livres.

A l’année prochaine, sans doute aucun.

Evelyn, Fabienne, Valérie, Arnaud, Olivier, je vous aime de rendre tout cela possible.

A voix haute et jambes tremblantes

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Pour la troisième année consécutive, le réseau social du livre Libfly.com, Libr’Aire l’association des libraires indépendants du Nord – Pas-de-Calais, le journal en ligne Mediapart, le réseau des librairies Initiales et les organisateurs des Soirées de la petite édition, s’unissent au sein de l’association La Voie des indés, en vue de valoriser les parutions d’éditeurs indépendants francophones à partir du mois de septembre dans les librairies, bibliothèques et sur internet.

Dans ce cadre, les deux protagonistes de la Voie des indés, j’ai nommé la charismatique et infernale Lucie Eple et le talentueux animateur des soirées de la petite édition Julien Delorme, ont décidé de porter la parole des textes dans un nouveau lieu : le Café Charbon, en partenariat avec Benoît Maume et le Nouveau Casino. Et comme dans toute idée folle, il faut un troisième larron, il paraît que je lis quelques textes avec eux ce dimanche 21 septembre à 17h.

Nous tenterons de vous faire découvrir ces livres dans un grand rire collectif…

Tous les détails ci-dessous, venez nous soutenir en masse ! Et c’est la librairie Texture qui vient vendre les livres.

Dès le mois de septembre, le Café Charbon s’associe au réseau social du livre, Libfly.com et lance le projet « A Voix Haute ».
Un dimanche par mois, vous pourrez désormais assister à une séance de lecture d’une heure sur la mezzanine, le tout en entrée libre !
La première édition se déroulera le dimanche 21 septembre à 17H00.
Non la littérature ce n’est pas chiant, c’est même marrant ! Nous vous le prouverons puisque c’est sur cette thématique que nous célébrerons la première du programme A Voix Haute. Les extraits choisis seront lus par Lucie Eple, Sophie Quetteville et Julien Delorme. La librairie Texture sera présente et proposera les livres à la vente.

Chaque séance présentera un échantillon éclectique au travers d’une thématique différente.
La dizaine de titres dont les extraits seront lus sera puisée majoritairement dans des catalogues d’éditeurs indépendants francophones. Les lecteurs pourront changer chaque mois, comme le libraire sollicité. Chaque séance sera enregistrée et retransmise sur Libfly.com.

LISTE DES LIVRES DONT SERONT TIRÉS LES EXTRAITS

– Journal d’Adam, journal d’Eve – Mark Twain – Editions de l’œil d’or
– Protégeons les hérissons – Olivier Bordaçarre – Editions Antidata
– On air – Manuel Vilas – Editions Passage du Nord-Ouest
– Aventures d’un romancier atonal – Alberto Laseica – Editions Attila
– Les groseilles de novembre – Andrus Kivirahk – Editions Le Tripode
– Zonzon pépète – André Baillon – Editions Cent pages
– Et puis ça fait bête d’être triste en maillot de bain – Amandine Dhée – Editions La Contre Allée
– Les Ficelles du pantin – Yak Rivais – Editions Attila
– United emmerdements of new order – Jean-Charles Masséra – POL
– L’autofictif prend un coach d’Eric Chevillard – Editions de l’Arbre vengeur

« A Voix haute se tient dans le cadre du festival La Voie des indés, exploration collective de l’édition indépendante francophone sur la toile et dans les lieux culturels »
Lien : http://www.libfly.com/la-voie-des-indes-a-vos-marques-billet-3654-951.html

EN SAVOIR PLUS SUR LIBFLY
Libfly.com est un réseau social francophone du livre en ligne, qui compte 30 000 passionnés de lecture. Sur Libfly vous pouvez : créer votre bibliothèque, classer vos lectures, vous renseigner sur les livres et leurs auteurs, découvrir les bibliothèques et librairies près de chez vous, rédiger des chroniques de lecture, prêter et emprunter des livres, recevoir des livres en échange de critiques, participer aux opérations de découverte de l’édition francophone, découvrir les chroniques des professionnels du livre et des journalistes, partager vos rencontres, discuter avec les autres passionnés sur les forums, découvrir nos vidéos exclusives, vivre en direct la vie littéraire sur Libfy.Tv

AGENDA :
12 Octobre : Lectures ROCK

CAFÉ CHARBON : http://www.nouveaucasino.net/univers/63
LIBFLY : http://www.libfly.com/

Pour plus de renseignement : info.cafecharbon@gmail.com

Pour prolonger un peu la journée, vous pourrez assister à l’une des deux séances du TOUT COURT SOUNDTRACK organisé avec le Festival International Du Court Métrage de Clermont-Ferrand. Event : https://www.facebook.com/events/329026180606890

INFOS PRATIQUES

ENTREE LIBRE

CAFE CHARBON
109 rue Oberkampf
75011 Paris
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Le Festival d’Ile-de-France démarre en cabaret !

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Une fois n’est pas coutume, il ne sera pas question de livre ici mais de musique, de chansons, de spectacle. Et quel spectacle nous fut offert hier soir au Trianon pour le premier événement du Festival d’Ile-de-France.

Il fallait oser, oser le cabaret, oser les travestis, oser les fesses de la diva provoquante Joey Arias, oser la robe et les rondeurs de Baby Dee transexuelle new-yorkaise accompagnée de la voix rauque de Little Annie.

Mais ce n’est pas tant ce mélange des « genres » (oh le vilain mot paraît-il !) qui, nous public nous estomaqua, mais c’est bien le mélange et l’enchaînement des genres musicaux, des voix, des présences sur scène.

Commençant par un Olivier PY en sublime, drôle et touchante Miss Knife dans sa robe de paillettes, ses collants rouges et ses talons aiguilles, la magie nous amena une Little Annie (accompagné donc de Baby Dee) emplie de pop-rock new-yorkaise mais toujours avec cette légère ambiance cabaret.

Et bien sûr Joey Arias… déchaîné, provoquant, drôle, une voix hors du commun. La seule personne que je connaisse qui peut dévoiler son entrejambe en sussurant « pussy pussy pussy chaaaaaatte » et émettant des « piou piou » à mourir de rire sans même réussir à verser dans la vulgarité.

Et ce show un peu fou se terminait dans un style très brechtien avec le groupe londonien les Tiger Lillies et là encore la voix époustouflante de son chanteur Martyn Jacques ne pouvait qu’enchanter un public déjà sous le charme. Punk-rock-cabaret, avec des morceaux plus noirs que les artistes précédents, finissant ce moment dans la profondeur de la tristesse.

Et il faut le dire, Olivier PY en monsieur Loyal, en « bouche trous » comme il aime à le rappeler, revenant entre chaque groupe – le temps d’installation pour les techniciens – était déchaîné, furieusement infernal et c’est comme cela qu’on l’aime aussi !

Mettre autant de gens sur scène pour une soirée était peut-être un pari fou… mais alors pari réussi !

On souhaite alors une très belle édition 2014 au Festival d’Ile-de-France et merci pour ce moment de joie, de beauté et de grâce.

La programmation alléchante et super diversifiée du festival, c’est là (alors n’hésitez plus)

http://www.festival-idf.fr/accueil